(Ultime interrogatoire avant la pendaison du prévenu.)
« Je suis de culture judéo-chrétienne et je sais ce que nous devons au génie juif »
ODILE JACQUEMET ― Vous défendez régulièrement les populations dites « de souche » par
rapport aux populations d'émigrés refusant d'une façon ou d'une autre de
se fondre dans une culture, celle du pays qui les accueille. En cela,
il me semble que vous rejoignez pleinement l'idée que tout invité doit
d'abord et avant tout se plier aux us et coutumes de celui qui le reçoit — mais dites-moi si je me trompe —, aux us et coutume de l'hôte, celui
qui ouvre sa porte à un inconnu. Ainsi, l'invité en question pouvant
être juste un touriste de passage chez cette personne, ou devenir un
régulier, un habitué des lieux, ou encore, devenir un membre à part
entière de cette demeure (la demeure en question étant ici un pays, vous
l'aurez compris).
« Je suis de culture judéo-chrétienne et je sais ce que nous devons au génie juif »
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| Fabien Salé, Équilibriste (sculpture contemporaine) |
Mais d'un autre côté, vous êtes également
un fervent défenseur du sionisme, des sionistes. Vous trouvez bien de
voir un peuple se faire éjecter de son pays (ici les Palestiniens) quand
ce n'est pas détruire, massacrer, parce qu'une autre population sans
territoire a décidé un jour de s'y installer. Ne voyez-vous pas là une
incohérence ? Pouvez-vous expliquer cela ?
Je peux recevoir chez moi n'importe qui. Je ne regarde pas à la couleur ou à la religion de qui j'invite. C'est une première chose. La seconde est que, sans imposer quoi que ce soit, j'entends bien que mon invité soit à l'aise tout en attendant de lui qu'il se comporte comme je me comporte chez autrui, c'est-à-dire en invité, non en territoire conquis. Si j'ai l'habitude, chez moi, de me vautrer dans le fauteuil et d'y roter à tue-tête, je suis assez civilisé pour comprendre que cela n'est pas acceptable chez autrui. Si je n'écoute chez moi que du hard rock, je suis un malappris si j'exige une telle musique chez mes hôtes, et je ne dois me plaindre de rien si ces derniers me font clairement entendre qu'ils font chez eux ce qu'ils veulent et que je n'ai pas à dire ce qui doit être. Ce sont là des règles de civilité que chacun, au sein d'une culture donnée, comprend sans peine et respecte d'instinct. Maintenant, si je commets l'erreur d'inviter chez moi un type complètement bourré, je ne dois pas me plaindre s'il vomit partout et compisse mes tentures. Les immigrés de première et même seconde génération comprenaient ces règles et ne les discutaient pas : c'était à eux de s'adapter. Nous avons désormais affaire à des étrangers qui veulent rester des étrangers et entendent que ce soit nous qui respections leurs coutumes. Ces étrangers-là ne souhaitent même pas partager : nos coutumes doivent céder devant les leurs, nous sommes des mécréants, des porcs — chez nous ! Il va de soi qu'un invité qui exigerait chez moi que je décroche du mur le portrait à la moustache trop gauloise de mon ancêtre, sous prétexte que ce portrait choque ses convictions ou lui fait trop ressentir sa condition d'étranger — ce type-là, je le fous dehors, il n'a rien à faire chez moi.



