— Reprise —
(Ce texte ne saurait être compris sans la lecture préalable de ma note précédente, dont il est la suite immédiate.)
Pascal tricotait dans la poussière de la pointe égayée de sa chaussure. Il tricotait des V et les entrelaçait. Victoire ? Violence ? Vérité ? Vulve ? Mystère !
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Pascal tricotait dans la poussière de la pointe égayée de sa chaussure. Il tricotait des V et les entrelaçait. Victoire ? Violence ? Vérité ? Vulve ? Mystère !
« Une femme de presque cinquante ans qui
s'est toujours aussi grossièrement trompée en amour, c'est pathétique. Elle flambe et le
feu dure quatre, six ou huit ans, ce qui est beaucoup déjà, et elle
s'éteint comme une torche sous la pluie, sans prévenir — mais c'est à
vous qu'elle reproche de ne plus l'aimer ! C'est elle qui s'illusionne
toute seule dès le départ, c'est elle qui flambe, mais c'est vous qu'on
retrouve au petit matin calciné, trognon noirci de ce qui fut un homme.
Enfin quoi, quand on aime quelqu'un, on l'aime comme il est, pour ce
qu'il est. Or, je dois reconnaître qu'elle ne m'a jamais accepté, ni en
longueur, ni en largeur. Ne parlons pas de la profondeur : la seule
profondeur qu'elle connaisse, c'est celle de son vagin. Elle me parlait
de ses ex, même vingt ans après, avec un mépris consternant, comme si rien
ne subsistait d'eux que le plus mauvais. Elle me les décrivait comme
des semi-monstres. Pas de violences, sinon mentales. Je me disais au
début qu'elle était mal tombée. J'ai pu rencontrer et fréquenter l'un de
ses ex. Jamais nous n'avons parlé d'elle, ni en bien, ni en mal. Ce
gars-là avait bien un air hypocrite et doucereux aux entournures, mais
l'idée qu'il puisse avoir été le tyran de ma femme, connaissant le
caractère en poing américain de celle-ci, était une absurdité
complète. On voyait bien qu'il n'était qu'un poulet mouillé — que
dis-je, poulet ? un chapon. Impossible de concevoir qu'une telle chiffe
molle, avec ses dix cacas quotidiens obligatoires et son intestin
poreux, puisse être susceptible de la moindre cruauté mentale,
surtout avec en face de lui une femme capable d'assommer le pape pour un
orémus de travers ! Ça ne tenait pas la route une seconde, mais
pouvais-je soupçonner ouvertement ma femme de m'en faire accroire, et
pour quel profit ? Quand elle et lui se parlaient, c'est elle qui
avançait sur lui et c'est lui qui reculait. C'est lui dont le visage
reflétait le pénible souvenir des humiliations qu'elle lui avait fait
subir, et dont je fus le témoin navré deux ou trois fois, dont une fois
d'une manière si excessive que je n'ai pu m'empêcher ensuite de lui en
faire le reproche, non par solidarité masculine comme elle a cru devoir me blâmer, mais par simple et naturel respect humain, surtout qu'elle
l'avait humilié en ma présence, moi, son successeur. Ce type, crois-moi, ne m'inspirait aucune sympathie et je ne le défendais pas. Humilier un faible, un vaincu, même s'il pue, c'est rien moins que de la bassesse. Je ne supporte pas cela. Je ne pouvais pas, en me taisant, me faire complice d'une telle indignité. En revanche, par délicatesse, pour ne pas mettre ma femme dans l'embarras, je ne pouvais pas non plus lui reprocher son attitude devant le gars. »






